Section IV : Le rôle du Partenariat RBM
5. Planification nationale
Contrôler le paludisme demande une solide planification aux niveaux du pays, de la région et du district. La planification est nécessaire pour déterminer la stratégie globale, les actions et ressources nécessaires et la façon de suivre la mise en œuvre. Comme souligné dans la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide[8]Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide : appropriation, harmonisation, alignement, résultats et responsabilité mutuelle. Paris, OCDE, 2005.
Cliquer pour obtenir la référence de l'OCDE, tous les partenaires au sein d'un pays doivent s'aligner sur une même stratégie et les actions, pour être plus efficaces, doivent être harmonisées et complémentaires. Il est toutefois fréquent que ces objectifs ne soient pas remplis. Ces dernières années, un intérêt accru de différents bailleurs de fonds et organisations d'aide a entraîné une multiplication de plans et du temps consacré à la planification. Il est nécessaire d'harmoniser et de rationaliser les activités de planification au sein de chaque pays. Au sein du Partenariat RBM, le Groupe de travail sur l'harmonisation (HWG) et les réseaux sous-régionaux (RSR) sont les principaux organismes de coordination de la planification nationale.
La planification des programmes de contrôle du paludisme doit toujours être étroitement intégrée à la planification générale de santé publique touchant à l'ensemble des maladies. Cette intégration est une garantie que les activités sont alignées et que les synergies, par exemple dans le renforcement des systèmes de soin ou la fourniture des interventions, peuvent avoir un effet maximal. Bien que la planification d'une santé publique intégrée soit plus susceptible de se produire lors de l'intensification rapide des interventions pour atteindre les objectifs de 2010, un effort durable de planification est tout aussi important lorsque le fardeau du paludisme est moins important.
Ce chapitre expose les défis en matière de planification, les priorités du Partenariat RBM pour relever ces défis et les recommandations du Partenariat RBM relatives aux processus de planification nationale. Le chapitre se conclut par un partage des recommandations de bonnes pratiques de planification, établies après un travail avec les pays.
Principaux défis
Il existe un certain nombre de défis liés à la planification nationale. Alors que l'harmonisation des exigences des bailleurs de fonds demande une coordination de la planification au niveau international, d'autres efforts de planification doivent être abordés au sein même des pays.
Processus de planification internationale. Le manque d'harmonisation des exigences des bailleurs de fonds peut alourdir les processus de financement et reporting imposés par la communauté internationale. Les processus de financement et de suivi et évaluation des différents bailleurs de fonds sont souvent assez exigeants (peut-être à raison) et entraînent de lourdes charges de travail pour les membres du personnel des gouvernements nationaux. De nombreux responsables indiquent qu'ils passent une partie considérable de leur temps à répondre aux exigences des bailleurs de fonds et autres partenaires internationaux en matière de financement et reporting. Harmoniser les exigences des bailleurs de fonds pour que les propositions et les indicateurs suivent la performance allègerait la charge de travail dans les pays.
Processus de planification nationale.
- Implication étroite dans le processus de planification. Souvent, l'exercice de planification entrepris dans les pays n'implique pas tous les partenaires et acteurs, ce qui complique la coordination et l'alignement des activités. Dans certains cas, la planification ne sort pas de la « communauté antipaludique », ce qui entrave l'intégration à d'autres programmes sanitaires.
- Mauvaise coordination entre les plans nationaux et ceux des districts. Un autre défi est l'insuffisance de dialogue parmi les niveaux national, régional et du district. Ceci conduit à une mauvaise coordination et à des différences d'objectifs et d'approches de la planification.
- Gestion insuffisante des priorités dans les environnements où les ressources sont limitées. Il peut y avoir un écart entre les activités énoncées dans les plans et celles effectivement mises en œuvre sur le terrain. Ceci se produit lorsque les plans fixent des objectifs, et prévoient des activités visant à les atteindre, en ne tenant pas suffisamment compte des ressources disponibles. Les processus de gestion des priorités dans les environnements où les ressources sont limitées ne font souvent pas partie du processus de planification et ne peuvent par conséquent pas être contrôlés. Même si les plans d'activité nationaux doivent être basés sur les besoins du pays, et non sur les ressources disponibles, les plans de mise en œuvreannuels doivent tenir compte du budget et du financement.
- Manque de capacités. Dans de nombreux pays impaludés, le manque de responsables de programmes ou de compétences en matière de planification au sein des départements paludisme entrave la capacité à élaborer des plans solides, sans l'aide de consultants ou l'assistance d'organisations partenaires comme l'OMS et l'UNICEF ou des mécanismes de Partenariat comme le HWG et les RSR. Il existe un besoin important de renforcer les capacités de planification au sein des pays.
- Manque de révisions régulières. Souvent, les plans nationaux ne sont passer en revue qu'à la fin de leur vie mais ne font pas l'objet de révisions régulières. De bons systèmes de suivi et évaluation sont nécessaires pour suivre les progrès par rapport aux objectifs et effectuer les ajustements nécessaires.
- Manque de planification budgétaire à moyen terme. Les outils ou cadres de planification à moyen terme concernant le financement au niveau national, comme les Cadres de dépenses à moyen terme (MTEF), permettent aux pays de coordonner la planification et le budget avec un horizon à moyen terme (environ 3 ans) dans plusieurs secteurs. Il est essentiel d'inclure les activités liées au paludisme dans ces analyses, pour leur accorder une priorité nationale et clarifier les besoins budgétaires à moyen terme. Il existe des synergies entre cet effort et l'élaboration des plans d'activité du pays dans une perspective à moyen terme.
Priorités
La planification des priorités varie selon la phase de contrôle du paludisme.
Priorités pour la phase d'intensification
A) Aider au développement des évaluations de besoins et des plans d'activité nationaux centrés sur une intensification rapide d'ici 2010. Le HWG continuera à fournir un soutien en matière de planification générale du contrôle du paludisme en fournissant aux pays un modèle et des outils d'évaluation des besoins. Le HWG et les RSR coordonneront également l'assistance aux pays pendant qu'ils effectuent leurs évaluations des besoins et les aideront à rédiger des plans d'activité basés sur les évaluations de besoins.
Bien que le processus de planification ci-dessus soit essentiel pour atteindre les objectifs de 2010, il existe également un besoin de renforcement des capacités de planification dans le district. L'expérience du Tanzania Essential Health Interventions Program Team (TEHIP) fournit un cadre pour l'amélioration de la planification au niveau du district, qui sera examiné plus en détail plus loin dans ce chapitre.[9]De Savigny D et al. Fixing Health Systems, 2nd Edition, International Development Research Center, 2008.
Cliquer pour obtenir la référence
B) Outils de planification. En travaillant avec des membres du HWG, le Secrétariat du Partenariat RBM partagera les outils disponibles et les meilleures pratiques de planification sur le site web mis à la disposition des personnes impliquées dans les activités de planification nationale.
C) Plaider pour l'harmonisation des partenaires et bailleurs de fonds. Des plans d'activité nationaux solides peuvent être une base pour obtenir une aide des bailleurs de fonds. Au niveau du pays, la coordination et l'harmonisation entre les bailleurs de fonds garantiront leur alignement sur la stratégie et les plans d'activité. Au niveau international, l'harmonisation des bailleurs de fonds, en termes d'exigences relatives aux propositions de financement et indicateurs de suivi de performance, est également un élément clé permettant d'alléger les processus de planification qui, par leur lourdeur, entravent souvent la capacité de mise en œuvre d'un pays.
D) Aider au renforcement du processus de planification nationale. Le HWG et les RSR aideront le PNLP à établir des structures solides au sein du ministère de la Santé afin de diriger le programme. Cette aide consistera à fournir des conseils basés sur l'expérience de partenaires individuels et améliorer de façon constante le processus de planification. L'aide pourra également inclure une assistance technique directe pour les pays portant un lourd fardeau, sous la forme d'un employé à plein temps au sein du PNLP, afin d'aider à la planification et au financement.
E) Plaider pour un processus de planification mené par le gouvernement. Le HWG encouragera un engagement et un soutien solide des chefs d'Etat et ministères des Finances et de la Santé. Un tel engagement est essentiel pour promouvoir un soutien important dans tout le pays, notamment en aidant à éliminer les goulets d'étranglement qui peuvent entraver l'intensification rapide.
F) Aider à traduire les évaluations de besoins et plans d'activité en propositions de financement et faciliter le dialogue avec les principaux bailleurs de fonds. Un taux élevé d'approbation des propositions de la série 8 du Fonds mondial et d'autres financements à venir, comme ceux de la Banque mondiale et de l'Initiative du Président américain contre le paludisme (PMI), garantira que les pays disposent des fonds nécessaires pour entreprendre l'intensification rapide des activités planifiées pour 2008, 2009 et 2010. Le HWG et les RSR fourniront une aide à la rédaction et à la soumission de propositions de financement en mettant en place des ateliers et en organisant des simulations de Commissions de rapport technique. Cette aide est destinée à renforcer les capacités du pays et à seconder directement les équipes nationales dans la rédaction des propositions de financement pour optimiser les chances d'approbation. Les négociations et le dialogue avec les bailleurs de fonds internationaux doivent également faire l'objet d'une assistance.
Priorités pour les phases de contrôle durable et d'élimination.
G) Aider à développer des plans de contrôle durable du paludisme et renforcer les systèmes de santé. Le HWG fournira une aide à la planification nationale globale, en mettant fortement l'accent sur le renforcement des systèmes de santé et l'intégration du paludisme à d'autres services de soins existants. Cette aide à l'évaluation des besoins et au plan national d'activité consistera à développer des outils modèles pour le contrôle durable, organiser des ateliers impliquant des experts en systèmes sanitaires et organiser le partage des meilleures pratiques.
H) Aider à planifier le déploiement de nouveaux produits antipaludiques, notamment la mise en circulation du vaccin antipaludique. Il faudra réfléchir à la manière dont le vaccin antipaludique sera distribué et fourni dans les pays, par exemple intégré au Programme élargi de vaccination (PEV). En outre, un vaccin antipaludique nécessiterait des structures de gestion des achats et des stocks (GAS) adéquates, y compris de puissantes chaînes du froid et une capacité de réfrigération accrue. Un groupe issu du HWG sera désigné pour travailler en coordination avec le Groupe de travail sur la GAS afin d'aider à la planification et de fournir une assistance technique pour la mise en place des nouveaux outils, y compris les vaccins.
I) Encourager le développement de plans régionaux multi-pays. Le HWG et les RSR aideront à l'élaboration de plans régionaux multi-pays et aux propositions de financement, afin d'encourager la coordination entre pays voisins.
Implications organisationnelles
Au sein du Partenariat RBM, les partenaires travaillant avec le HWG ainsi que les RSR soutiennent fortement les pays dans leurs efforts de planification. Le HWG se concentre sur un certain nombre de pays d'Afrique subsaharienne lourdement affectés par le paludisme. Davantage de ressources sont nécessaires pour aider davantage de pays dans leur processus de planification, à la fois pour le MAWG mais aussi à un niveau plus régional au sein des RSR qui jouent également un rôle important dans les activités de planification. Dans toutes les régions, les bureaux régionaux et nationaux de l'OMS, ainsi que les autres organisations locales partenaires, jouent un rôle décisif dans l'aide aux activités de planification des pays.
Tableau IV.5 : Planification nationale
| Référence à la priorité | Actions principales | Mises en place d'ici | Coordinateur (en gras)/Sous-coordinateursa |
| A, B | Elaborer des outils d'évaluation des besoins et des modèles pour les plans d'activité nationaux | T3 2008 | HWG |
| A | Aider les pays en effectuant des évaluations des besoins et en fournissant des outils de planification avec l'aide de consultants | T4 2008 | HWG, RSR, partenaires RBM régionauxb |
| C | Plaider pour l'harmonisation des exigences des bailleurs de fonds à l'échelle nationale et internationale | 2010 | HWG, RSR |
| D, E | Plaider en faveur de processus et de leadership de planification nationaux solides de la part des autorités nationales | 2010 | HWG, RSR, partenaires RBM régionauxb |
| F | Soutenir l'élaboration de propositions de financement pour les principaux bailleurs de fonds (Fonds mondial R8 et R9, BM, PMI) afin de dégager suffisamment de fonds pour assurer le renforcement | 2010 | HWG, RSR, partenaires RBM régionauxb |
| G,H,I | Aider les pays à mettre à jour leurs plans afin de les adapter au contrôle durable | 2011 | HWG, RSR, partenaires RBM régionauxb |
| G,H,I | Soutenir l'élaboration de propositions de financement pour les principaux bailleurs de fonds (Fonds mondial, BM, PMI) afin de dégager suffisamment de fonds pour assurer le contrôle durable | 2015 | HWG, RSR, partenaires RBM régionauxb |
a Le groupe/organisme de coordination principal dans le cadre du partenariat RBM est indiqué en caractères gras. Les contributeurs étroitement liés au partenariat RBM sont également indiqués. Les partenaires RBM ne sont pas explicitement détaillés car leur participation s'effectue par l'intermédiaire du groupe de travail.
b Les partenaires RBM régionaux sont des bureaux régionaux/nationaux représentant l'OMS, l'UNICEF, la Banque mondiale, des ONG et d'autres organisations.
Recommandations du Partenariat
Comme décrit par le MACEPA[10]Planning: Coordinating and Aligning efforts. MACEPA Learning Community. Disponible sur le site web de MACEPA .
Cliquer pour obtenir la référence, les plans les plus solides :
- Sont menés par les gouvernements
- Incluent les contributions de tous les partenaires au contrôle du paludisme
- S'orientent à partir des données recueillies au travers du S&E
- Sont complémentaires à tous les niveaux
Leadership gouvernemental. Les responsables nationaux de haut niveau (chef d'Etat, ministères de la Santé et des Finances) doivent proclamer un engagement à participer aux efforts de contrôle du paludisme. A la suite de ces engagements, c'est le Programme national de lutte contre le paludisme qui doit mener l'effort de planification.
Inclusion de tous les partenaires. Le processus de planification doit impliquer tous les partenaires au sein du pays. En fonction du pays considéré, il peut s'agir des membres du Programme national de lutte contre le paludisme, des représentants des secteurs privés et publics de la santé, des représentants d'ONG et organisations confessionnelles actives dans le pays, des représentants des bailleurs de fonds et des membres de la communauté locale des chercheurs, y compris de la recherche opérationnelle. Le processus de planification doit également inclure des experts dans d'autres domaines que celui du paludisme, pour une orientation sur des thèmes spécifiques, notamment des représentants d'autres secteurs comme ceux de la finance, l'agriculture ou l'éducation, ainsi que des experts en santé d'autres programmes tels les soins de santé maternelle et infantile. Les activités de planification visant à lutter contre le paludisme doivent être coordonnées avec celles visant à lutter contre d'autres maladies, afin de créer des synergies ; par exemple, diverses maladies doivent pouvoir utiliser des méthodes de distribution partagée.
Orientation à partir de données. Afin d'établir les priorités dans les situations où les ressources sont limitées, la planification doit s'appuyer sur les données recueillies lors du S&E. Les évaluations globales des besoins, actuellement soutenues par le HWG du Partenariat RBM, sont un exemple de la manière dont les données peuvent être utilisées pour orienter les programmes d'activité nationaux. Le résultat de ces évaluations des besoins permet de préparer les plans d'activité nationaux solides, basé sur les besoins réels des pays.
Complémentarité à tous les niveaux. La planification nationale demande une complémentarité des efforts au niveau national, régional et du district. Au niveau national, l'effort de planification inclut souvent un certain nombre d'éléments – ayant chacun un objectif et un centre d'intérêt différent – qui se complètent les uns les autres pour former un plan national global. Une structure recommandée pour ce plan possède trois composantes de base, avec des objectifs et des horizons temporels différents (Cf. Figure IV.1) :
- Le plan stratégique : définit la vision du pays et une stratégie de haut niveau pour combattre le paludisme ainsi que les principaux objectifs du programme. Ce plan est établi pour environ 5 ans mais il peut être plus long dans quelques cas, p. ex. 10 ans.
- Le plan d'activité :[11]Peut également être désigné par d'autres noms, comme plan de mise en œuvre. coordonne les partenaires en détaillant les activités principales qui doivent être mises en place pour atteindre les objectifs, avec des jalons précis, des acteurs responsables et des budgets. Le plan d'activité se base sur le travail du plan stratégique puis utilise le processus d'évaluation des besoins (humains, financiers, interventions) pour atteindre les objectifs du plan stratégique. Le calendrier du plan d'activité doit être plus court que celui du plan stratégique ; il est souvent établi pour environ 3 ans.
- Le plan de travail :[12] Peut également être désigné par d'autres noms, comme plan d'action. est un document opérationnel détaillé exposant pas à pas toutes les activités à mener dans le cadre d'un cycle de planification, y compris les délais et identifiant les acteurs responsables de leur mise en œuvre. Les progrès doivent être contrôlés tout au long de l'année à intervalles réguliers (tous les trois mois par exemple). Le plan de travail est habituellement établi pour un an mais peut être plus court si nécessaire pour une action rapide.
Figure IV.1 : Trois types de plans nationaux avec différentes cibles et durées
Il est important que la stratégie nationale et le plan d'activité se traduisent en plans régionaux et locaux. Cela devait initialement être mené à un niveau national, mais afin de renforcer le processus de planification du pays, le district doit, à son niveau, être fortement impliqué et responsable de son processus de planification.
L'exemple du Tanzania Essential Health Interventions Program Team (TEHIP) montre bien l'impact positif d'une appropriation de la planification plus décentralisée. Dans ce cas, une planification décentralisée et un processus de financement utilisant des outils de planification éprouvés a conduit à une meilleure efficience et une couverture efficace pour des services de soins de santé primaires clés et des bénéfices sanitaires importants. Ces améliorations ont permis aux planificateurs de cibler leurs budgets vers des priorités sanitaires locales. Afin de permettre de tels programmes, le soutien financier doit être fourni aux budgets des districts, ainsi que de bons outils pour la planification et la gestion, comme les outils développés pour le TEHIP.
Appropriation par les acteurs chargés de la mise en œuvre. L'appropriation du plan par ceux qui le mettent en œuvre est la clé du succès. Il est possible d'améliorer l'appropriation en décentralisant la planification : p. ex., les directives détaillées sont fournies par les autorités nationales et le travail de planification est effectué au niveau local. La décentralisation est une dynamique accompagnant le mouvement d'intensification vers le contrôle durable puis l'élimination, qui redéfinit les rôles : le Programme national de lutte contre le paludisme, initialement acteur de la mise en œuvre, devient une instance qui fournit une orientation et consolide certaines activités qui pourront être gérées de manière plus rationnelle au niveau national.
Éléments d'un bon processus de planification
L'un des objectifs des plans développés par les pays est d'organiser et de coordonner les efforts de tous les partenaires locaux, dans toutes les régions, sous couvert d'objectifs communs et d'une stratégie commune. Par conséquent, il faut orienter les programmes vers des actions concrètes et mesurables, avec des étapes claires et identifier les rôles. Le Tableau IV.6 présente une liste indicative des thèmes à couvrir dans les plans d'activité et les plans de travail.
Tableau IV.6 : Eléments fondamentaux des plans nationaux
| Plan d'activité (délai ~3 ans) |
Plan de travail (délai ~1 an) |
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Ressources humaines. Tous les plans doivent prendre en compte et programmer les ressources humaines requises pour mettre en œuvre les activités, afin que ces besoins soient également budgétisés et financés de manière adéquate. La question de ressources humaines est un élément clé du renforcement des systèmes de santé, actuellement soutenu par plusieurs initiatives mondiales. Au niveau national, les acteurs chargés de la planification de la lutte antipaludique doivent participer à ces initiatives et assurer la prise en compte des besoins du programme de contrôle national.
Révisions régulières et mises à jour. Dans tout processus de planification, il faut passer en revue et analyser régulièrement des points forts et les points faibles du programme de lutte contre le paludisme. Cela nécessite de définir des métriques sanitaires et de mener le suivi et l'évaluation afin de suivre les activités en cours et leur impact. La révision régulière est fondamental pour identifier les goulets d'étranglement, par exemple, les produits antipaludiques ont-ils bien atteint les utilisateurs finaux, et si non, pourquoi ; pour déterminer si il y a eu des ruptures de stock ; pour évaluer l'impact des programmes de communication pour le changement de comportement ; et pour déterminer s'il y a suffisamment de ressources humaines pour effectuer les activités et ajuster correctement les plans. Toute activité du plan doit être contrôlée par le biais de métriques et d'indicateurs spécifiques, dans le cadre du système de S&E du pays et une analyse régulière du programme doit être conduite au moins tous les trois mois, qui pourrait entraîner des révisions des plans (Cf. Section IV – Chapitre 7 : Suivi et évaluation). Les mises à jour des plans doivent être régulières, notamment pour aligner les programmes à moyen et long terme avec les plans de travail locaux annuels.
Des plans conçus pour chaque étape : intensification, contrôle durable, élimination
Phase d'intensification : pour les pays engagés dans une intensification rapide, les plans doivent se centrer sur le déploiement rapide des interventions à l'échelle nationale, afin d'atteindre les objectifs de 2010. Le HWG et les bureaux régionaux et nationaux de l'OMS ont aidé les pays dans leur processus de planification en leur fournissant des outils et une assistance technique pour réaliser des évaluations complètes des besoins. Celles-ci se sont traduites par un plan d'activité détaillé sur 3 ans, avec des calendriers trimestriels pour le déploiement et la fourniture des interventions antipaludiques. Ces programmes sont basés sur les besoins identifiés – par exemple, le nombre d'interventions et d'activités nécessaires pour atteindre les objectifs de 2010 – et incorporent toutes les considérations relatives au timing – par exemple, les saisons des pluies, les délais d'achats et de livraison et les cycles de financement.
Phase de contrôle durable : lorsque les pays auront atteint leurs objectifs d'intensification, il sera important que leurs plans prennent également en compte la manière de maintenir la couverture avec des interventions antipaludiques par le biais de nombreux canaux de distributions, d'un renforcement des systèmes de santé et du maintien de la communication dans le pays pour garantir une utilisation correcte des interventions. Un plaidoyer sera également nécessaire pour garantir un soutien constant des efforts contre le paludisme. Durant la phase de contrôle durable, le processus visant à augmenter l'intégration des interventions antipaludiques dans des systèmes sanitaires élargis doit se traduire dans les plans.
Phase d'élimination : les plans de la phase d'élimination seront nécessairement orientés vers la détection active des cas, l'identification des foyers et flambées épidémiques et l'atteinte et le maintien de niveaux élevés de surveillance, suivi et évaluation avec des systèmes puissants d'information pour la gestion sanitaire (SIGS) et des systèmes de reporting.
Planification dans les environnements à ressources limitées. Les plans nationaux d'activité basés sur les besoins du pays doivent idéalement servir de base aux propositions soumises aux bailleurs de fonds externes et aux ministères des Finances. Afin d'éviter les écarts entre les objectifs et les activités effectivement mises en œuvre, les plans nationaux d'activité doivent clairement expliquer les principes et critères qui seront utilisés pour établir les priorités (géographiquement et en termes d'activités mises en œuvre), dans l'éventualité où le financement ne couvrirait pas tous les besoins budgétaires.
Le principe « W », adapté d'un exemple de meilleure pratique industrielle, peut s'appliquer au paludisme, pour les deux niveaux de planification et d'établissement des priorités qui doivent avoir lieu : 1) la planification et l'établissement des priorités au niveau national, basés sur l'allocation de subventions et 2) la planification et l'établissement des priorités au niveau du district, basés sur les budgets consacrés aux différents districts.
La Figure IV.2 représente le processus de planification pour la planification au niveau du pays. Les plans nationaux stratégiques et d'activité incorporent des directives internationales et se basent sur les besoins du pays. Les plans d'activité ou propositions sont alors soumis pour financement, à la fois au ministère des Finances et aux bailleurs de fonds internationaux. Après l'allocation des subventions, une gestion des priorités concernant les activités ultérieures pourrait être nécessaire si le budget demandé n'est pas totalement alloué et si les activités sont détaillées dans le plan de travail. Pour finir, un suivi des activités et des progrès accomplis est nécessaire.
Au niveau national, la gestion des priorités devra considérer l'allocation d'un budget au district, aussi bien que les activités les plus prioritaires. L'allocation de budgets aux districts peut, par exemple, prendre en compte la population à risque, les niveaux de transmission ou de pauvreté, tandis que les critères de budgétisation pour les différentes activités pourraient tenir compte de l'impact estimé sur le fardeau du paludisme, en termes de dollars dépensés ou de la faisabilité estimée. Les plans de travail annuels peuvent alors prendre ces critères en compte et poser les bases des activités planifiées pour l'année à venir, selon le financement disponible ou promis.
Au niveau du district, il faut appliquer le principe « W » et qu'il y ait une gestion des priorités. Les districts doivent préparer leurs plans d'activité en se basant sur la stratégie, les politiques et les directives nationales. Les demandes de budgets sont alors soumises au gouvernement national en vue d'un financement. Sur la base d'allocations réelles de budget dans l'ensemble des districts, ces derniers doivent alors établir des priorités à l'intérieur de leurs frontières pour déterminer la meilleure manière de dépenser les ressources disponibles.
Figure IV.2 : Processus recommandé de planification du programme de lutte contre le paludisme
Structure du programme national de lutte contre le paludisme. Pour un programme de contrôle national solide et les efforts de planification associés, une bonne structure PNLP est nécessaire. La Figure IV.3 est un exemple de la manière dont le PNLP doit être organisé, d'après un travail du MACEPA.[14]Paul Libiszowski, MACEPA, communication personnelle, juin 2008. L'exemple démontre l'importance des relations opérationnelles au sein du ministère de la Santé, à la fois verticalement et latéralement. Il est cependant important de souligner que chaque pays pourrait avoir développé ou avoir besoin de développer sa propre alternative, qui se baserait sur des facteurs incluant les rôles des partenaires, le degré de décentralisation, les compositions public/privé et les styles de gestion. Le nombre de personnes nécessaires peut être déterminé par une évaluation rapide des besoins stratégiques/organisationnels.
Figure IV.3 : Structure organisationnelle du programme pour la lutte contre le paludisme










