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Interview d’un leader mondial : "Il reste un millier de jours."

R G Chambers; Photo credits: GBCUne interview avec M. Raymond G. Chambers, le premier envoyé spécial des Nations Unies pour le paludisme

Q : Vous vous êtes illustré dans des actions philanthropiques de très longue date. Qu’est-ce qui vous a conduit à embrasser la cause du paludisme ?

Raymond G. Chambers : Il y a environ deux ans, j’ai vu une photographie représentant des enfants endormis dans une chambre. J’ai fait remarquer à Jeffrey Sachs combien ils étaient mignons ; il m’a alors répondu : « Vous ne comprenez donc pas, ils sont tous plongés dans des comas paludiques ». Aucun de ces enfants ne devait survivre. Cette image restera présente dans mon esprit à tout jamais. J’ai découvert que ces décès, à l’image de dizaines de millions d’autres décès, auraient pu être évités grâce à l’utilisation d’une simple moustiquaire traitée aux insecticides d’une valeur de 10 $ et grâce à la disponibilité des traitements nécessaires. J’ai donc décidé de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour mettre fin le plus rapidement possible au désastre causé par le paludisme.

C’est à cette époque que nous avons lancé Malaria No More pour accroître la sensibilisation sur le sujet, lever des fonds, et favoriser la réunion de toutes ces organisations extraordinaires qui travaillent à vaincre le paludisme en utilisant certaines techniques et certains outils de planification stratégique issus du monde de l’entreprise, pour faire en sorte que chacun se focalise sur un objectif spécifique s’inscrivant dans le cadre d’un plan commun. Je dois dire que je suis très satisfait des progrès réalisés durant ces 18 derniers mois.

L’intérêt pour le paludisme s’est notablement accru, et il y a eu une prise de conscience du fait qu’il s’agit de l’une des principales causes de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans dans le monde. La Maison-Blanche a également été partie prenante de ce mouvement en organisant un sommet sur le paludisme. L’année dernière, un des spectacles télévisés les plus populaires aux États-Unis, American Idol, a proposé une séquence « Idol Gives Back » consacrée au paludisme et au SIDA. Cette opération a été renouvelée le 9 avril dernier. Nous voyons de plus en plus de financements gardés en réserve pour le paludisme par des organisations multilatérales et par des pays bailleurs de fonds. Enfin, une loi, en attente d’être votée par le Congrès américain, permettra de réserver 5 milliards de dollars pour la lutte contre le paludisme sur les cinq prochaines années. Les jeunes enfants couverts par des moustiquaires sont de plus en plus nombreux, et nous assistons à un déclin rapide du nombre de décès dans des pays comme l’Éthiopie, le Rwanda ou le Kenya. Il s’agit là des principales raisons pour lesquelles je peux dire que je suis satisfait des progrès réalisés.

Q : Quels sont vos espoirs en tant que premier envoyé spécial des Nations Unies pour le paludisme ? Comment mesurerez-vous votre réussite ?

>Raymond G Chambers : Je pense qu’il convient de continuer à accroître la sensibilisation par rapport au paludisme, à attirer l’attention sur le problème, et à encourager la collaboration. Nous espérons relever l’objectif fixé pour la fin 2010 par le Partenariat Faire reculer le paludisme ; en fait, nous visons un accroissement des financements et des processus permettant une couverture de toutes les personnes à risque avant la fin 2010.

Mesurer la réussite est relativement facile. Il n’y a rien de subjectif ; tout cela est parfaitement objectif. 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne sont exposés au paludisme. Il est probable que 1 à 3 millions d’enfants mourront cette année et notre objectif, ce que je voudrais vraiment réaliser, c’est d’arriver à une situation dans laquelle ces décès seront évités. Le Secrétaire Général m’a chargé d’éliminer un nombre aussi grand que possible de décès dans les meilleurs délais.

Q : Pour quelles raisons pensez-vous que le secrétaire général des Nations Unies a choisi de nommer un nouvel envoyé spécial pour le paludisme en 2008 ?

Raymond G. Chambers : En fait, je sais que de très nombreuses personnes impliquées dans la lutte contre le paludisme lui faisaient cette demande depuis plus d’un an ; je pense aussi que la sensibilisation vis-à-vis des dégâts provoqués par la maladie s’est énormément accrue dans l’ensemble des Nations Unies ; enfin, à chaque fois que le Secrétaire Général s’est rendu en Afrique, ce qu’il a fait un certain nombre de fois durant les six derniers mois, il a pu constater les ravages causés par le paludisme. Après s’être réuni avec le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé, il a conclu que le temps était maintenant arrivé de nommer un envoyé spécial. Je lui suis particulièrement reconnaissant de m’avoir choisi ; il s’agit pour moi d’un grand honneur.

Q : Quelle signification attribuez-vous à la création de ce nouveau rôle ?

Raymond G. Chambers : Je crois que la création de cette nouvelle fonction favorisera la poursuite de l’unification et du rassemblement d’un nombre plus grand de coalitions de groupes existants et de ministères de la santé, dans le but de produire un plan, un calendrier et une méthode uniques pour financer la suppression des décès dus au paludisme. Je souhaiterais également que l’objectif à plus long terme de l’éradication, qui sera probablement atteint au travers d’un vaccin ou du resserrement des frontières sur lequel travaille le Dr Richard Feachem, soit incorporé dans ce processus ; mais pour l’instant, notre objectif reste d’éliminer le plus grand nombre de décès possible dans les meilleurs délais.

Q : Que doit-il se passer, pour que les objectifs de Faire reculer le paludisme soient susceptibles d’être atteints d’ici 2010 (une couverture de 100 % des populations à risques avec des produits de lutte contre le paludisme) ?

Raymond G. Chambers : Cela nous laisse un millier de jours. Nous devons faire travailler l’ensemble de nos collaborateurs sur le terrain, en coopération avec les ministères de la santé locaux. Nous devons œuvrer avec les fabricants des produits, par exemple pour les moustiquaires et les médicaments, et leur fournir un calendrier de livraison. Nous devons obtenir l’accélération de certains des financements pour répondre aux demandes des fabricants. Enfin, nous devons nous assurer que chacun adhère à un plan unique. Nous devons également nous assurer que le plan soit mis en œuvre et exécuté efficacement.

Q : Comment les individus peuvent-ils contribuer au combat contre le paludisme ?

Raymond G. Chambers : Dans le cadre de mon expérience philanthropique, j’ai pu travailler sur de nombreux sujets. Le paludisme est certainement le problème le plus facile à comprendre et constitue sans doute la sollicitation à laquelle il est le plus difficile de résister : 10 $ pour acheter une moustiquaire et sauver la vie d’un enfant. Je n’ai jamais vu quelqu’un refuser son aide et ne pas répondre à cette simple demande.

Q : Comment le Bureau de l’envoyé spécial des Nations Unies travaillera-t-il avec le Partenariat RBM et son Secrétariat ?

Raymond G. Chambers : Le Partenariat RBM, c’est « le » partenariat : le partenariat fédérateur ; le partenariat central. Tous ceux qui sont intéressés par le paludisme peuvent se réunir, être entendus et participer. En raison de son caractère unique, j’ai demandé au Dr Awa Coll-Seck de traiter le Bureau de l’envoyé spécial des Nations Unies comme une extension du Secrétariat du Partenariat RBM sur un mode bilatéral, afin que nous puissions travailler dans un schéma action/réaction et nous aider mutuellement. Je voudrais également dire qu’au fur et à mesure de la mobilisation de ressources plus importantes, le plan doit être le plan du Partenariat RBM pour lequel nous levons des fonds.

Mr. Raymond G. Chambers, the first United Nations Special Envoy for Malaria

Statement by Executive Director of the RBM Partnership, Professor Awa Marie Coll-Seck:
We applaud the Secretary General's announcement today of the appointment of Mr. Ray Chambers as the United Nations' Secretary-General's Special Envoy for Malaria. Never before has the fight against malaria enjoyed such a surge of attention and support and it is only fitting that an individual with the leadership and initiative of Mr Chambers be given the important and challenging task of promoting collective action toward ending malaria deaths.
English version
View the full text of the Statement by Executive Director of the RBM Partnership
WHO Director-General: Statement about United Nations Secretary-General Special Envoy for Malaria
UN Department of Public Information: Biographical Note

 

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