Entretien avec un leader mondial : le Dr Gro Harlem Brundtland revient sur dix ans de progrès dans la lutte contre le paludisme
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Entretien avec le Dr Gro Harlem Brundtland, ancienne directrice générale de l'OMS
[Entretien avec un dirigeant du Partenariat RBM, réalisée par Katya Halil, chargée de communication, Secrétariat du partenariat Roll Back Malaria, septembre 2011]
« Lorsqu'elle a été élue directrice générale de l'OMS en 1998, Gro Harlem Brundtland a annoncé que l'une de ses priorités serait de « faire reculer le paludisme ». En effet, le Dr Brundtland souhaitait appuyer les initiatives régionales africaines en « traitant le problème du paludisme selon une approche nouvelle ». Par ailleurs, elle souhaitait réduire de moitié la mortalité liée au paludisme d'ici 2010. L'initiative de la directrice générale de l'OMS fut bientôt suivie par une réponse internationale substantielle de la part d'autres dirigeants. (…) En novembre 1998, le Partenariat « Roll Back Malaria » (RBM) était créé par L'OMS, la Banque mondiale, l'Unicef et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). »
Extrait de Partenariat « Roll Back Malaria » : dix ans de partenariat et résultats
Le Partenariat « Roll Back Malaria » publie un compte rendu décrivant les réussites de la lutte contre le paludisme de 2001 à 2010. À cette occasion, le Dr Brundtland, l'un des principaux architectes du Partenariat RBM, a répondu aux questions suivantes afin de célébrer dix ans de leadership, de solidarité et de collaboration dans le combat contre cette maladie.
Q: Au cours de votre carrière exceptionnelle, vous avez mis en lumière divers problèmes liés à la santé et l'environnement. Lorsque vous êtes devenue directrice générale de l'Organisation mondiale de la Santé, pourquoi avoir fait de la lutte contre le paludisme l'une de vos priorités ?
En 1997, je me suis rendue en Afrique pour préparer ma candidature au poste de directrice générale de l'OMS. Or dans le cadre de ce voyage, j'ai demandé aux différents ministres de la Santé quel était leur plus grand problème de santé publique. Ils m'ont tous répondu qu'il s'agissait du paludisme. C'est pourquoi j'ai fait de cette maladie la priorité de mon équipe.
Le Partenariat RBM a été créé et mis en place sous votre direction. Quelle vision d'avenir aviez-vous pour cette initiative ?
Le Partenariat RBM reposait sur les grands principes suivants : a) il devait établir une liaison entre la plupart des divisions de l'OMS, comme les systèmes de santé, les urgences, le domaine pharmaceutique, etc. de manière à ce que chacune puisse apporter sa contribution sans pour autant créer de doublon ; b) il devait se doter d'une petite équipe de coordination qui serait sous l'autorité de moi-même et de mon cabinet ; c) il devait former un partenariat avec d'autres parties prenantes comme l'Unicef et la Banque mondiale.
Q: Prochainement, un compte rendu va décrire les grandes avancées qu'a connues la lutte contre le paludisme ces dix dernières années. Que pensez-vous de ces résultats ? En 1998, pensiez-vous que la communauté de lutte contre le paludisme réaliserait de tels progrès ?
Bien entendu, nous pensions pouvoir faire progresser les choses. Sinon, nous n'aurions pas fait du paludisme notre priorité. Je suis heureuse de toutes ces avancées.
Q: D'après vous, sur quels facteurs repose le succès de la lutte contre le paludisme ? Quelles leçons la communauté internationale peut-elle tirer de cette expérience?
Le succès de la lutte contre le paludisme repose sur des bases scientifiques et techniques solides, un financement suffisant et un engagement politique ainsi qu'un leadership forts. Grâce à l'OMS, au RBM et à ses partenaires, le Fonds mondial, l'ALMA et d'autres entités ont progressé sur tous ces fronts. Néanmoins, les parasites et moustiques vecteurs du paludisme sont des ennemis coriaces, face auxquels il faut rester vigilants pour ne pas essuyer de revers.
Q: L'éradication du paludisme fait désormais à nouveau partie des objectifs du développement international et de recherche. Que pensez-vous de ce changement ?
Nous avons parlé de « faire reculer le paludisme » précisément pour ne pas donner de faux espoirs à la population, car à l'époque, l'éradication de la maladie ne nous semblait pas possible. Encore aujourd'hui, je me demande si nous possédons les capacités techniques nécessaires. Si nous parvenons à sauver les populations qui meurent actuellement du paludisme, ce sera déjà une réussite formidable.
